Mine Pilou à Poum : sur les traces du cuivre et du bagne

À proximité d’Arama, sur la commune de Poum, les ruines de la mine Pilou racontent tout un pan de l’histoire du Nord de la Nouvelle-Calédonie.

Ici, l’histoire minière du cuivre se mêle à celle du bagne. Maisons, fours, cheminée, bassins, cellules et vestiges d’une ancienne voie ferrée disparaissent peu à peu sous la végétation.

Nous sommes venus découvrir ce site impressionnant, témoin d’une installation industrielle construite pour durer et pourtant exploitée de manière discontinue pendant seulement quelques décennies.

La mine Pilou, une ancienne mine de cuivre du Nord calédonien

Le gisement de cuivre de Pilou est identifié dans les années 1880. L’exploitation débute véritablement à partir de 1886, sous l’impulsion de John Higginson et de la Société des mines du Nord de la Nouvelle-Calédonie.

Le minerai est d’abord extrait à ciel ouvert puis les travaux gagnent progressivement la profondeur. Fours, ateliers, voies ferrées, logements et installations industrielles sont construits autour de la mine.

Après une première période d’activité, le site connaît plusieurs reprises avec notamment l’arrivée de capitaux britanniques à la fin du XIXe siècle. Les installations sont agrandies et modernisées, mais les coûts d’exploitation restent importants.

Au fil des décennies, plusieurs tentatives de relance se succèdent. La chute du cours du cuivre à la fin des années 1920 finit par condamner définitivement l’exploitation industrielle autour de 1930-1931.

Les vestiges de la maison du directeur

Notre visite commence par ce qui reste de l’imposante maison du directeur de la mine Pilou.

Il ne subsiste aujourd’hui que les murs, les fondations et quelques ouvertures, mais les dimensions du bâtiment permettent encore d’imaginer son importance à l’époque.

Nous passons ensuite devant une autre maison de la direction où logeait l’ingénieur de la mine.

Cheminée, tunnel et puits d’extraction

Nous atteignons ensuite la plateforme supérieure de l’exploitation.

Une grande cheminée se dresse toujours au milieu des ruines. Elle est l’une des traces les plus spectaculaires de l’ancien complexe industriel.

À proximité se trouve également un ancien tunnel aujourd’hui inaccessible ainsi que le profond puits principal d’extraction, désormais protégé et largement dissimulé sous la végétation.

Les installations de traitement du minerai de cuivre

De l’ancienne usine de traitement du minerai, il reste notamment un impressionnant four à double foyer.

Four à double foyer de l'ancienne mine de cuivre Pilou

Autour de lui subsistent d’imposants contreforts en maçonnerie, des terrasses et différentes structures qui permettent encore d’imaginer l’ampleur des installations.

Ancienne cuve sur le site industriel de la mine Pilou

Au niveau inférieur apparaissent encore la zone de stockage ainsi que les bassins qui servaient au traitement, au lavage et au broyage du minerai.

D’autres bâtiments ont presque complètement disparu. Il ne reste parfois que quelques fondations dont la fonction est difficile à identifier aujourd’hui : ateliers, bureaux, écuries ou logements des personnels civils.

La boulangerie, témoin de la vie quotidienne

Au milieu de toutes ces installations industrielles, les vestiges de la boulangerie et de son four nous ramènent brusquement à la vie quotidienne des personnes qui vivaient et travaillaient ici.

Les briques utilisées dans de nombreuses constructions furent d’abord importées d’Australie avant qu’une production locale ne soit mise en place.

Le creek Pwac Pilu et ses eaux colorées par le cuivre

Pour poursuivre notre visite, nous traversons le creek Pwac Pilu, dont le nom est associé au site.

Les eaux présentent par endroits d’étonnantes couleurs liées à la présence de minéraux de cuivre.

Nous passons également devant la célèbre « fontaine », autre curiosité caractéristique du site.

Fontaine aux eaux oxydées sur le site de la mine Pilou à Poum

Le bagne de la mine Pilou

Une pente abrupte mène ensuite vers l’un des secteurs les plus marquants de notre visite : les vestiges de l’ensemble pénitentiaire de Pilou.

La mine a largement recours à la main-d’œuvre pénale. Des forçats participent aux travaux miniers mais aussi à la construction d’une partie des infrastructures, notamment des bâtiments et des voies de transport.

Après leurs longues journées de travail, ils regagnent les bâtiments du bagne. Les murs des cellules et différents vestiges permettent encore de mesurer la dureté des conditions dans lesquelles ces hommes vivaient.

L’ancien chemin de fer de Pilou

Nous redescendons ensuite vers la plateforme de l’ancienne voie ferrée minière.

Le transport du minerai constituait un élément essentiel du complexe de Pilou. Plusieurs tronçons de chemin de fer permettaient de relier la mine aux autres sites du bassin cuprifère, notamment Ao, ainsi qu’aux installations portuaires.

La liaison historique se développe sur plusieurs kilomètres. Des ouvrages sont construits pour franchir les reliefs et les zones humides : tunnels, ponts et remblais surélevés permettent notamment de relier Pilou à Ao et aux secteurs de Port Pilou puis de Dilah.

Nous avons essayé de suivre la ligne en direction de la mine Ao, mais la végétation et la dégradation du terrain rendent rapidement la progression difficile.

En revanche, entre Pilou et les anciennes zones portuaires, une partie du tracé reste encore visible dans les marais. On distingue toujours plusieurs soubassements et vestiges de ponts.

Un patrimoine minier et pénitentiaire qui disparaît peu à peu

Nous quittons Pilou avec des sentiments mêlés.

Difficile de parcourir ces ruines sans penser aux personnes qui ont travaillé ici dans des conditions difficiles, et plus encore aux forçats soumis au système pénitentiaire colonial.

Il reste également une certaine tristesse à voir ce patrimoine exceptionnel disparaître progressivement sous les brousses, les cerisiers de Cayenne et les effets du temps.

Mais maisons, fours, cellules, cheminées et anciens ouvrages ferroviaires racontent encore aujourd’hui cette page de l’histoire minière et pénitentiaire de la Nouvelle-Calédonie.

Pour en savoir plus sur l’histoire de la mine Pilou

  • Le Mémorial du Bagne calédonien, Louis-José Barbançon
  • Ouégoa : Au pays des Wegs, le passé en héritage, José Raillard
  • Les Rails Calédoniens 1892-1953, Jean Rolland
  • Les publications de la Société d’Études Historiques de Nouvelle-Calédonie
  • L’Encyclopédie de la Nouvelle-Calédonie

Prudence : les bâtiments et ouvrages décrits dans cet article sont anciens. Certains secteurs comportent des puits, tunnels, structures dégradées et terrains envahis par la végétation. Les conditions d’accès peuvent également avoir évolué depuis notre visite.

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